Derrière chacun de nos livres se cache un(e) auteur(e) passionné(e) qui a vécu ou vit actuellement dans le pays dont elle/il parle. Derrière chaque livre, il y a donc avant tout une rencontre entre un auteur et un pays, une nouvelle culture et un nouveau quotidien.

Aujourd’hui, nous vous proposons d’en apprendre un peu plus sur Nathan Sologny, auteur de Quelque chose de Côte d’Ivoire. Après avoir travaillé au sein d’une ONG genevoise pendant un an, Nathan a pris la décision en 2015 de partir effectuer un service civique de six mois à Abidjan, dans une ONG ivoirienne pour laquelle il était coordinateur adjoint d’un projet de développement de la vie associative.

Après un retour en France de quelques mois, il repart en Côte d’Ivoire, pour un an cette fois, à Abengourou, une petite ville à l’Est de la Côte d’Ivoire où il exerce en tant qu’agro-économiste dans un projet de développement rural, de culture durable du cacao et de lutte contre le travail des enfants. En pleine immersion dans la vie ivoirienne, il a pu découvrir à la fois la capitale économique et sa vie mouvementée, ainsi que la brousse, plus traditionnelle. Nous lui avons demandé de répondre à quelques questions pour que vous puissiez apprendre à la connaître.

Peux-tu nous raconter un moment qui t’a particulièrement marqué en Côte d’Ivoire ?

C’était peut-être mon premier jour de boulot à Abidjan. On m’avait donné les infos pour aller au travail en taxi : « À côté de la pharmacie Entente à Treichville ». Je ne sais plus pourquoi mais le taxi m’avais posé un peu plus loin et j’avais raté la rue. Je demande alors à une femme dans la rue mon chemin en lui disant que je me suis perdu. Elle m’a répondu avec une véritable tendresse maternelle : « Non mon fils, tu ne seras jamais perdu à Abidjan, il suffit de demander ».

Quand on est perdu à des milliers de kilomètres du moindre ami ou parent, se faire rassurer par une inconnue qui vous appelle « mon fils », ça fait un petit effet. Aujourd’hui encore, c’est un épisode que je raconte avec émotion.

« Il suffit de demander », c’est aussi tellement vrai. La Côte d’Ivoire ne fonctionne pas de façon très intuitive pour un Occidental mais elle est très facile d’accès si vous osez demander.

Un adjectif pour qualifier la Côte d’Ivoire ?

Un adjectif c’est assez réducteur… mais si quelque chose caractérise bien les Ivoiriens c’est leur ouverture aux autres. Il est très facile d’entrer en contact, ne serait-ce que par un sourire, avec n’importe qui en Côte d’Ivoire. On se sent rapidement à l’aise un peu partout et les Ivoiriens sont très extravertis, si bien qu’il est difficile de rester timide très longtemps.

Une habitude ivoirienne qui peut surprendre ?

La première chose qui me vient à l’esprit c’est la langue. Si vous allez en Côte d’Ivoire en vous disant que, étant francophone, la barrière de la langue ne sera pas un problème, vous aurez une sacrée surprise. Le français et le français populaire de Côte d’Ivoire sont deux langues cousines, certes, mais plus éloignées qu’on pourrait le penser. Ajoutez-y une bonne dose d’argot et quelques mots d’une des dizaines de langues locales du pays et vous serez vite perdus.

Une habitude que tu as prise là-bas… et qui t’a suivie en France ?

Je continue de donner des choses aux gens en utilisant ma main droite. Si par exemple je dois payer et que mon argent est dans ma main gauche, je le transfère dans ma main droite avant de le tendre au vendeur. En Côte d’Ivoire, il est très malpoli de donner des choses ou de manger avec sa main gauche.

Et parmi toutes les habitudes ivoiriennes, y en a-t-il une qui te manque aujourd’hui ? 

J’ai beaucoup aimé la multitude de petits commerces que l’on trouve à chaque coin de rue pour se nourrir, bricoler, se faire des vêtements… Et aussi le fait que tout le monde soit tout le temps dehors. Vous trouverez toujours quelqu’un de compétent pour vous aider dans tous les domaines ! En Côte d’Ivoire, je me suis mis à la menuiserie et j’ai appris à réparer une prise électrique. On peut vivre en autarcie dans son quartier sans avoir besoin d’hypermarchés et de grandes surfaces. De cette manière, on apprend plus facilement à connaître son entourage, on se sent rapidement à l’aise dans son quartier et c’est plus facile d’apprendre à se débrouiller.

Quel est l’endroit où tu voudrais retourner ?

À l’éco-site de Djouroutou, au cœur du parc national de la Taï. J’y suis resté à peine deux jours mais c’était très intense. Les randonnées en forêt, monter au-dessus de la canopée, arriver au petit matin alors qu’il fait encore nuit en plein milieu d’un groupe de chimpanzés sauvages pour observer leur réveil, suivre leurs déplacements en chuchotant, taper des pieds pour traverser une colonie de fourmis magnan en chasse et pouvoir observer d’autres espèces sauvages. Beaucoup d’instants sauvages et magiques.

Quelle expérience gardes-tu de tes années en Côte d’Ivoire? 

Ce qui m’a vraiment travaillé en Côte d’Ivoire c’est l’intégration. Les Ivoiriens sont très volontaires pour accueillir les étrangers mais individuellement il faut faire la démarche active de comprendre et d’intégrer les mœurs ivoiriennes. Il faut quelques jours voire quelques semaines pour intégrer les habitudes les plus faciles d’accès. Il m’a fallu plusieurs mois pour me faire à d’autres. Je pense que pour s’intégrer à une culture il ne faut pas se dire « je vais m’y faire » car cela implique que cette culture vous use au point que vous abandonniez la vôtre. S’intégrer, c’est une démarche active, ce sont des choix que l’on fait.

Un conseil à donner aux voyageurs ?

Apprendre à lâcher prise. Accepter de ne pas contrôler son séjour à 100 % et se laisser porter par les rencontres, les situations et les opportunités qui se présentent. En Côte d’Ivoire, l’étranger est un roi, profitez-en pour retirer vos œillère, vous pourrez mieux voir les mains tendues.

Et sinon, plus généralement peux-tu nous citer quelque chose qui te donne envie de voyager ?

La curiosité tout bêtement. Je ne peux pas m’empêcher de regarder une carte du monde sans avoir envie de savoir a quoi ça ressemble, comment on vit là-bas, ce qu’on y mange, les coutumes de tel ou tel pays. J’ai envie d’aller dans n’importe quel pays étranger, à partir du moment où je peux m’y sentir libre d’aller où je veux en sécurité.

Quelque chose que tu emmènes toujours avec toi ?

Même si j’aime voyager léger, il est rare de me voir sans mon appareil photo.

Quelque chose que tu prends toujours en photo ?

Plutôt des paysages mais j’essaie de prendre un peu tout en photo. Celles que je préfère avoir, même si je n’y pense jamais assez, ce sont les choses insolites du quotidien. Celles qui surprennent au début et qui deviennent banales au fur et à mesure du séjour.

Quelque part où tu rêverais d’aller ?

Mon rêve du moment c’est de partir en Norvège à vélo pour voir des orques. Depuis des années, je rêve de faire un tour du monde en vélo. Mais en solitaire ça fait peur alors je me suis dit que le mieux serait de le faire en plusieurs fois.
Ce qui m’a motivé dans ce projet, c’est l’émission « Nus et culottés ». Je me suis rendu compte qu’il est important de ne pas attendre pour réaliser ses rêves mais aussi que faire des rencontres géniales en chemin n’est pas extraordinaire. 

Quelque part où tu voudrais retourner ?

Au Népal. J’y étais allé pour le travail et je n’avais pas vraiment eu le temps d’en profiter. Je n’étais pas sorti de Kathmandu et je n’avais pu voir que le pied de montagnes à cause de la pollution. Ce fut une grande frustration. Si j’y retourne, ce sera avec des chaussures de marche !

Et sinon, pourquoi Nanika ?

Un guide culturel c’est ce qui, sans que je le sache, m’a manqué dans chacune de mes destinations. Nanika, c’est quelque chose d’indispensable ! C’est ce qu’il faut pour se préparer au départ.

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