Nathan, l’auteur de Quelque chose de Côte d’Ivoire, a répondu à son tour à quelques une de nos questions afin de nous faire découvrir son expérience au cœur de ce pays !

 

Peux-tu nous raconter un moment qui t’a particulièrement marqué en Côte d’Ivoire ?

C’était peut-être mon premier jour de boulot à Abidjan. On m’avait donné les infos pour aller au travail en taxi : « À côté de la pharmacie “Entente” à Treichville ». Je ne sais plus pourquoi mais le taxi m’avais posé un peu plus loin et j’avais raté la rue. Je demande alors à une femme dans la rue mon chemin en lui disant que je me suis perdu. Elle m’a répondu avec une véritable tendresse maternelle : « Non mon fils, tu ne seras jamais perdu à Abidjan, il suffit de demander ».

Quand on est perdu à des milliers de kilomètres du moindre ami ou parent, se faire rassurer par une inconnue qui vous appelle « mon fils », ça fait un petit effet. Aujourd’hui encore, c’est un épisode que je raconte avec émotion.

« Il suffit de demander », c’est aussi tellement vrai. La Côte d’Ivoire ne fonctionne pas de façon très intuitive pour un occidental mais elle est très facile d’accès si vous osez demander.

 

 

Un adjectif pour qualifier la Côte d’Ivoire ?

Un adjectif c’est assez réducteur… mais si quelque chose caractérise bien les Ivoiriens c’est leur ouverture aux autres. Il est très facile d’entrer en contact, ne serait-ce que par un sourire, avec n’importe qui en Côte d’Ivoire. On se sent rapidement à l’aise un peu partout et les Ivoiriens sont très extravertis, si bien qu’il est difficile de rester timide très longtemps.

 

 

 

 

Une habitude ivoirienne qui peut surprendre ?

Déjà il faut s’attendre à être surpris. Mais la première chose qui me vient à l’esprit c’est la langue. Si vous allez en Côte d’Ivoire en vous disant que, étant francophone, la barrière de la langue ne sera pas un problème, vous aurez une sacrée surprise. Le français et le français populaire de Côte d’Ivoire sont deux langues cousines certes, mais plus éloignées qu’on pourrait le penser. Ajoutez-y une bonne dose d’argot et quelques mots d’une des dizaines de langues locales du pays et vous serez vites perdus.

 

Une habitude que tu as prise là-bas… et qui t’as suivi en France ?

Je continue de donner des choses aux gens en utilisant ma main droite. Si par exemple je dois payer et que mon argent est dans ma main gauche, je le transfère dans ma main droite avant de le tendre au vendeur. En Côte d’Ivoire, il est très malpoli de donner des choses ou de manger avec sa main gauche.

 

Et parmi toutes les habitudes ivoiriennes, y en a-t-il une qui te manque aujourd’hui ? 

J’ai beaucoup aimé la multitude de petits commerces que l’on trouve à chaque coin de rue, pour se nourrir, bricoler, se faire des vêtements… Et aussi le fait que tout le monde soit tout le temps dehors. Vous trouverez toujours quelqu’un de compétent pour vous aider dans tous les domaines ! En Côte d’Ivoire, je me suis mis à la menuiserie et j’ai appris à réparer une prise électrique. On peut vivre en autarcie dans son quartier sans avoir besoin d’hypermarchés et de grandes surfaces. De cette manière, on apprend plus facilement à connaître son entourage, on se sent rapidement à l’aise dans son quartier et c’est plus facile d’apprendre à se débrouiller.

 

 

Quel est l’endroit où tu voudrais retourner ?

A l’éco-site de Djouroutou, au cœur du parc national de la Taï. J’y suis resté à peine deux jours mais c’était très intense. Les randonnées en forêt, monter au-dessus de la canopée, arriver au petit matin alors qu’il fait encore nuit en plein milieu d’un groupe de chimpanzés sauvages pour observer leur réveil, suivre leurs déplacements en chuchotant, taper des pieds pour traverser une colonie de fourmis magnan en chasse et pouvoir observer d’autres espèces sauvages. Beaucoup d’instants sauvages et magiques.

 

 

 

 

Quelle expérience gardes-tu de ton année passée en Côte d’Ivoire ? 

Ce qui m’a vraiment travaillé en Côte d’Ivoire c’est l’intégration. Les Ivoiriens sont très volontaires pour accueillir les étrangers, mais individuellement il faut faire la démarche active de comprendre et d’intégrer les mœurs ivoiriennes. Il faut quelques jours voire quelques semaines pour intégrer certaines des habitudes les plus faciles d’accès. Pour ma part, il m’a fallu plusieurs mois pour me faire à certaines autres habitudes. Je pense que pour s’intégrer à une culture il ne faut pas se dire « je vais m’y faire » car cela implique que cette culture vous use au point que vous abandonniez la vôtre. S’intégrer, c’est une démarche active, ce sont des choix que l’on fait.

 

Un conseil à donner à tout voyageur désireux de se rendre là-bas ?

Apprendre à lâcher prise. Accepter de ne pas contrôler son séjour à 100 % et se laisser porter par les rencontres, les situations et les opportunités qui se présentent. En Côte d’Ivoire, l’étranger est un roi, profitez-en pour retirer vos œillère, vous pourrez mieux voir les mains tendues.